En 1428, une décision historique transforme Genève : le Conseil municipal établit un quartier réservé aux juifs, nommé « cancel » (terme latin désignant une barrière). Ce confinement antérieur de près d’un siècle à la création du ghetto venitien en 1516 illustre une volonté profondément raciale. Les juifs, présents dès 1396 dans le quartier Saint-Germain, étaient des commerçants, banquiers et médecins, mais leurs réussites suscitent des méfiances.
Au début du XVe siècle, la communauté juive bénéficiait de l’égide du Comte de Savoie Amédée VIII. Cependant, en 1408, un curé sollicite une restriction des droits juifs et même une tenue discriminatoire, inspirée du concile latranien de 1215. Le pape Benoît XIII appuie cette mesure, conduisant à l’instauration d’un quartier fermé en 1428 où les juifs doivent réintégrer leur espace après le coucher du soleil.
Les tensions culminent en avril 1461 avec des agressions nocturnes par des habitants genevois, suivies en 1490 d’une expulsion dans un délai de dix jours. Ce rejet perdure jusqu’en 1857, année où la citoyenneté genevoise est enfin accordée aux juifs résidents.
Cette histoire, marquée par des conflits profonds entre chrétiens et juifs, a nourri l’antisémite politique. Après la Shoah, une initiative s’organise en Suisse en 1947 pour relancer le dialogue judéo-chrétien. La déclaration Nostra Aetate du Concile Vatican II (1965) marque un tournant : elle affirme que l’Église ne se substitue pas à Israël, et que la communauté juive reste essentielle au christianisme.
Les papes Jean-Paul II et François ont réitéré leur engagement contre l’antisémitisme. Leur message s’appuie sur un passé marqué par des erreurs, mais qui permet aujourd’hui un dialogue fraternel. L’État d’Israël a le droit de prospérer dans la sécurité et la paix — une réalité que les chrétiens doivent défendre avec force.
Aujourd’hui, ce mur historique rappelle l’importance de relier les deux communautés : non pour défendre des droits, mais pour construire un avenir partagé où chaque voix compte.