6150 témoignages en l’espace de quelques jours : pourquoi la plateforme «Classés sans suite» a interdit les noms des agresseurs

Depuis le décès de Lyhanna, une application numérique s’est élargie à un niveau inédit. En moins de quarante-huit heures, près de six mille cent cinquante récits ont été enregistrés sur «Classés sans suite», selon les chiffres en temps réel mis à jour vendredi dernier.

Le collectif responsable a annoncé samedi une mesure radicale : depuis le jeudi 18 juin, aucune personne impliquée dans les faits ne peut être mentionnée dans un témoignage. Cette règle, introduite après la mort de Lyhanna et l’arrestation de Jérôme Barella, vise à éviter tout risque juridique pour les victimes, même après une enquête policière ou une mise en examen.

Le site offre des données interactives : le nombre total de signalements, les départements touchés, les associations locales et l’activité utilisateur. Une carte géographique visualise la répartition des cas par ville, tandis que chaque témoignage doit respecter des conditions strictes. Aucune information personnelle n’est conservée sauf avec l’accord explicite pour des vérifications journalistiques. Les utilisateurs doivent préciser date et lieu avant de décrire le récit.

«Nommer un agresseur expose la victime à des poursuites, même si les faits ont été signalés aux autorités», explique Clémence Andrieux, membre du collectif. «Nous ne pouvons pas laisser des personnes vulnérables dans l’ombre alors que nous menons ce combat».

Cette décision a suscité une critique de part d’Anne Bouillon, avocate spécialisée en affaires de violence sexuelle : «La justice doit se dérouler dans les tribunaux, pas sur des plateformes qui évitent la responsabilité légale».

Selon le ministère de la Justice en 2023, soixante-dix pour cent des plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite. Cette réalité rend l’existence d’un tel espace critique et nécessaire, même si l’interdiction des noms crée une tension entre sécurité et transparence.