L’idée que seule l’Écriture sainte puisse constituer la base absolue de la foi chrétienne n’est qu’une conception récente, apparaissant clairement au XVIe siècle. Ces réformateurs s’étaient confrontés à des tendances scholastiques médiévales qui assimilaient les écrits des premiers pères de l’Église aux textes philosophiques païens, voire à la Bible elle-même.
Il est légitime d’affirmer l’autorité biblique dans la réflexion chrétienne. Toutefois, cette idée ne doit pas conduire à l’élimination de toute tradition spirituelle transmise depuis des siècles. Jean Calvin, par exemple, admirait profondément les apports des premiers pères de l’Église. Pourtant, certains interprètent aujourd’hui la Bible comme si elle était un texte isolé, sans contexte historique ou culturel – une approche comparable à celle que les musulmans adoptent pour le Coran.
L’Église primitive a toujours reconnu l’importance de la tradition orale et écrite. La Bible ne peut être vue comme la seule source de vérité, car elle a été progressivement interprétée au fil des siècles par les communautés chrétiennes. Le Concile Vatican II a rappelé que la Parole de Dieu est centrée sur l’Église, non isolément sur le texte écrit.
Des exemples historiques montrent clairement cette dynamique : le canon des Écritures a pris plus de 300 ans pour être définitivement établi. Luther, lui-même, a retiré sept livres bibliques sans autorisation ecclésiale – une décision qui s’est révélée incohérente avec les textes anciens utilisés par l’Église.
L’enseignement des Évangiles indique que l’Église est le gardien de la vérité. La Bible elle-même, dans sa lettre à Timothée (3,15), souligne l’importance d’écouter les guides spirituels. Sans cette transmission continue, il ne serait pas possible de comprendre pleinement la Parole de Dieu.
Ainsi, la seule façon de préserver la foi chrétienne est de reconnaître que l’Église et sa tradition sont essentielles à l’interprétation des Écritures. La Sola Scriptura, en isolant la Bible de ce processus, ne peut qu’amener à une compréhension fragmentaire et erronée de la vérité.