Les centres de données hyperscalables, moteurs de l’intelligence artificielle moderne, aggravent une crise environnementale et sociale en profondeur dans les pays d’Amérique latine. Ces infrastructures, souvent localisées dans des régions où les ressources naturelles sont abondantes mais les régulations minimales, déclenchent des conséquences inquiétantes sur les communautés locales.
En Mexique, l’État de Querétaro devient un exemple concret de cette dynamique. Plus de quatorze centres de données ont obtenu une autorisation gouvernementale, concentrés dans les zones de Colón et El Marqués. Les habitants subissent une pénurie d’eau courante, un phénomène que beaucoup attribuent à des précipitations réduites. En réalité, la majorité des prélèvements hydriques servent au refroidissement des systèmes informatiques.
Les entreprises technologiques profitent de cette situation en s’appuyant sur des politiques locales favorables à l’exploitation des ressources. Un rapport récent indique que les investissements promus pour améliorer la qualité de vie ne répondent pas aux besoins fondamentaux, mais aggravent la pression sur l’eau.
Au Brésil, le phénomène s’accroît également : près de la moitié des centres de données en cours d’implantation ou d’exploitation se situent dans l’État de São Paulo, notamment autour de Campinas. Ces infrastructures consomment une quantité d’énergie croissante, particulièrement avec le développement de l’intelligence artificielle. Une simple requête sur Google nécessite 0,3 wattheure, contre près de 2,9 pour un modèle d’IA comme ChatGPT. Les centres de données représentent aujourd’hui environ 1,5 % de la consommation mondiale électrique (415 térawattheures), chiffre qui doublera d’ici 2030.
L’Amérique latine est de plus en plus utilisée comme source d’énergie pour des entreprises américaines. Le Paraguay, avec son excédent d’électricité propre, risque d’être contraint à alimenter des centres de données, sous le prétexte d’une coopération économique renforcée.
Cette tendance révèle une nouvelle forme de colonialisme numérique : l’extraction systémique de ressources locales pour servir des infrastructures transnationales. Les pays du tiers-monde deviennent ainsi les pions dans un jeu où la croissance technologique s’oppose aux besoins essentiels de leurs populations. Le risque d’une crise environnementale et humaine, similaire à celles observées dans le passé, ne peut plus être ignoré.