Marc Walder, dirigeant clé de Ringier, a lancé un avertissement sans précédent : la presse imprimée en Suisse est en train d’être engloutie par une révolution technologique inédite. Selon son analyse publiée le 4 avril dans Neue Zürcher Zeitung, l’intelligence artificielle et les transformations numériques conduisent à la disparition massive des médias locaux, avec seulement trois acteurs capables de résister à cette épreuve : la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), Blick et 20 Minutes.
Les autres publications, y compris srf.ch qui dépend uniquement des subventions publiques, voient leur avenir s’effondrer. Les journaux de proximité comme Tages-Anzeiger ou St. Galler Tagblatt, essentiels pour les communautés rurales et urbaines, sont désormais condamnés à l’absence sur internet. Le marché imprimé a chuté de 78 % entre 2010 et aujourd’hui, passant de 3 milliards à 650 millions de francs suisses, alors que les annonceurs s’orientent vers Meta, Google et Amazon, réduisant drastiquement la capacité des médias traditionnels à générer des revenus.
L’IA n’est pas une menace future mais une réalité en cours : elle rédige déjà des logiciels, transforme les rédactions et supprime entièrement des postes administratifs. « La presse suisse doit choisir entre s’adapter radicalement ou disparaître », déclare Walder. Son groupe a d’ailleurs perdu plusieurs centaines de millions de chiffres d’affaires dans sa division médias, alors que l’effondrement interne au sein du groupe Ringier – marqué par le départ de Robin Lingg, neveu d’Olivier Ringiër et futur héritier – souligne la fragilité de cette transition.
Malgré ces défis, Walder insiste sur l’utilisation transparente de l’intelligence artificielle pour restaurer la crédibilité des médias traditionnels. Il estime que les plateformes peuvent rétablir leur rôle d’intermédiaire fiable face aux contenus truqués ou générés par IA, à condition de signaler clairement leur utilisation dans chaque publication. « L’effondrement massif n’est pas une fin, mais un préalable à une nouvelle ère », conclut-il, rappelant que seul l’engagement permanent pour la qualité et l’authenticité permettra d’éviter le déclin total des médias suisses.