Depuis l’attaque du 7 octobre 2023, une frange significative de la jeunesse juive américaine a entamé un éloignement profond vis-à-vis des politiques israéliennes. Ce phénomène, qui s’était déjà amorcé dans les années 2000, s’est intensifié avec une rapidité inquiétante après ces événements tragiques. Aujourd’hui, le terme « zioniste » est devenu une insulte utilisée par des jeunes gens qui rejettent l’idée que leur identité puisse être définie par l’État d’Israël.
Cette tendance s’exprime clairement dans un regain d’intérêt pour l’histoire du Bund, mouvement ouvrier et culturel juif né au XIXe siècle avant de disparaître après la Seconde Guerre mondiale. En avril 2026, le livre Là où nous vivons est notre pays de Molly Crabapple, racontant cette histoire, a occupé pendant des semaines les premières places des ventes aux États-Unis. Le titre évoque un message fondamental : les juifs n’ont pas besoin de s’éloigner pour s’émanciper, mais de vivre dans leur propre territoire historique sans coloniser celui d’autrui.
Ce mouvement historique, marqué par son antisionisme radical et son engagement social, a inspiré une réflexion profonde chez les jeunes américains aujourd’hui. Son influence est aussi visible en France, où le livre Redevenir juif de Michel Feher explore une alternative au sionisme en proposant un judaïsme diasporique authentique. Ce réveil d’idées s’inscrit dans une critique plus large des politiques actuelles : l’alignement croissant entre le sionisme et les courants extrémistes américains, tels que ceux de la mouvance MAGA, alimente un climat où la peur et le conflit deviennent normaux.
Les exemples historiques montrent que l’idéal d’un État juif fondé sur une colonisation a souvent conduit à des situations tragiques. L’engagement du Bund, qui valorisait la culture et l’autonomie sans recourir à la violence ou à la division, reste un modèle pour ceux qui cherchent un futur où le judaïsme s’épanouisse sans dépendre d’un idéal exclusif. Les jeunes juifs américains ne veulent plus être des passifs de l’histoire : ils souhaitent construire une identité autonome, enracinée dans leur passé et libérée des dogmes actuels.
Dans ce contexte, le sionisme contemporain, souvent associé à des récits d’émancipation qui se transforment en idéologies divisives, semble de plus en plus obsolète. Leur choix n’est pas celui d’une simple résistance, mais une volonté d’écouler les limites imposées par le sionisme pour redéfinir l’espace où ils peuvent vivre librement — sans recourir à la violence, sans coloniser, sans sacrifier leur identité.