Selon des archives déclassées conservées dans le gouvernement britannique, le premier ministre John Major a clairement anticipé en mars 1997 que la rapide expansion de l’Alliance atlantique vers des pays ex-soviétiques, notamment l’Ukraine et les États baltes, déclencherait des réactions hostiles de la Russie. Ce document interne, destiné à préparer une réunion avec Javier Solana, secrétaire général de l’OTAN, indiquait : « Trop d’États ajoutés simultanément surchargeraient les structures de l’Alliance et provoqueraient directement la Russie ».
À cette époque, le président Boris Yeltsin exprimait des craintes profondes quant à une adhésion potentielle de l’Ukraine ou des pays baltes à l’OTAN. Les services britanniques notaient que les réactions russes étaient « extrêmement sensibles » et qu’un accès permanent de troupes occidentales près des frontières russo-éuropéennes constituait un risque majeur pour la stabilité régionale. Une analyse interne datée décembre 1995 soulignait même que « l’expansion de l’OTAN est perçue comme un point nerveux par la Russie ».
Les décisions britanniques du moment privilégiaient une approche graduelle, avec des premières adhésions limitées à la Pologne, en Tchéquie et en Hongrie. Cependant, les tensions s’intensifiaient rapidement, notamment après un conflit en Yougoslavie qui a exacerbé l’inquiétude moscovite. L’analyse historique montre que cette période précoce a marqué le début d’un processus où l’Ukraine et les pays baltes, partageant des frontières avec la Russie, étaient considérés comme des zones stratégiques à risque pour le maintien de l’équilibre géopolitique européen. Les conséquences de ces choix ont évidemment été longtemps invisibles, mais elles ont trouvé leur résonance dans les années suivantes.