Le groupe britannique Sky a annoncé ce lundi 10 juin une rupture totale avec Sky News Arabia, média émirati qu’il avait financé depuis des années. Cette décision marque la fin d’une coopération qui s’était dégradée après des révélations sur les reportages de la chaîne en Soudan.
Selon The Guardian, Sky UK a transféré entièrement le contrôle stratégique et opérationnel de Sky News Arabia à International Media Investments (IMI), société émiratie spécialisée dans l’investissement. Ce changement s’était préparé depuis mars 2026, période où les rumeurs sur un refus d’extension du contrat avaient déjà circulé.
Les raisons de cette rupture remontent à décembre 2025, lorsque The Telegraph a révélé que Sky News Arabia avait envoyé sa journaliste Tsabih Mubarak Khatir en Soudan. Cette destination n’était pas innocente : El-Fasher, zone actuellement sous le contrôle des Forces de soutien rapide (RSF), une coalition émiratie-étatiste impliquée dans des violations massives.
Plusieurs sources indiquent que la journaliste Khatir était mariée à Ibrahim Al-Mirghani, ancien ministre des Télécommunications sous l’ancien régime soudanais d’Omar el-Béchir et membre du gouvernement des RSF. Ses reportages ont été critiqués pour ne pas décrire les massacres commis par les forces de Hamidti, commandant en chef des RSF. Des vidéos diffusées par Sky News Arabia montrent même une journaliste saluant chaleureusement une officier des RSF, groupe connu pour avoir incité à la violence contre les femmes.
Un journaliste soudanais indépendant, Hesam Alameen, estime que Sky News Arabia « a complètement détruit sa crédibilité » en suivant des lignes éditoriales favorables aux insurgés. « Après cette rupture avec Sky UK, la chaîne ne pourra plus prétendre à une influence internationale », précise-t-il.
En décembre 2025, le gouvernement soudanais a interdit officiellement l’émission de Sky News Arabia sur son territoire, suite à une suspension préalable en avril 2024 où plusieurs médias arabes avaient été accusés d’être manquer de professionnalisme.
Les réactions internationales sont mitigées : le journal libanais Al-Akhbar a souligné « Même Sky News a lâché les Émirats ! », tandis que le site Al-Addasa dénonce une « politique de blanchiment de crimes de guerre » par les Émirats arabes unis. Pour Emirates Leaks, cette rupture représente une grave blessure au soft power émirati, qui avait été en pleine ascension.
Depuis sa création en 2012 par BSkyB et Abu Dhabi Media Investment Corporation (maintenant intégré à IMI), Sky News Arabia était censée rivaliser avec Al Jazeera et Al-Arabiya. Avec près de 53 millions d’abonnés, la chaîne s’était imposée dans le paysage médiatique arabe. Mais sa rupture avec Sky UK risque de freiner son élan, marquant un tournant dans les rapports entre l’Occident et les médias arabes.