Après avoir été validé par l’Assemblée nationale, le projet de loi d’urgence agricole reprend ce lundi son débat crucial au Sénat, marqué par des révisions radicales et des tensions profondes. Les sénateurs ont élargi les dispositions initiales pour corriger des votes des députés tout en s’éloignant de la position gouvernementale, créant un climat de contestation autour de mesures clés.
Parmi les enjeux les plus sensibles se trouve la réintroduction temporaire d’acétamipride et de flupyradifurone, deux insecticides interdits en France mais autorisés dans l’UE. Ces produits, issus d’une ancienne loi Duplomb partiellement annulée par le Conseil constitutionnel, doivent maintenant respecter des conditions strictes : un délai limité, une validation obligatoire de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et une application réservée aux filières comme la noisette ou la betterave.
Sur les enjeux environnementaux, la ministre Monique Barbut a souligné que le texte était « trop exagéré » sur deux points majeurs : l’eau et la gestion des loups. Les sénateurs ont ainsi atténué les obligations légales pour la construction de réservoirs d’eau et révisé le cadre de défense contre les loups, en étendant la déclaration des tirs à toutes les communes et en incluant l’utilisation des lunettes thermiques.
Ce projet, dont le vote final est attendu ce mardi, représente un véritable point de rupture dans la lutte entre sécurité agricole et préservation des ressources naturelles. Les sénateurs, confrontés à des pressions multiples, doivent désormais trancher entre des mesures pragmatiques et des compromis qui pourraient rééquilibrer l’ensemble du système.